Entretiens

Marketing entrepreneurial : visite du Camping

29 janvier 2012 par Edouard Mathieu (Actualités, Entretiens, Événements, Sciences Po)

Dans le cadre du cours de Marketing entrepreneurial d’Olivier Aron, les élèves de M1 doivent élaborer tout au long du semestre un projet entrepreunarial. Constitués en groupe d’une dizaine d’élèves, ils seront évalués à la fin du semestre sur le sérieux de leur projet, leur business plan, mais aussi leur capacité à innover et à se démarquer des autres groupes.

Les élèves sont libres de créer leur propre projet entrepreunarial, mais Olivier Aron leur a également proposé de venir greffer leurs compétences sur un projet pré-existant. C’est ainsi qu’une dizaine d’élèves du master s’est rendue ce mercredi 25 janvier au coeur de l’ancien Palais de la Bourse, pour y visiter le Camping, incubateur sponsorisé par Silicon Sentier.

Visite des lieux et présentations

Nous étions donc une dizaine à accompagner Olivier Aron pour découvrir les nombreuses start-ups hébergées par ce jeune incubateur, créé en 2010. Accueillis chaleureusement par Alice Zagury et Elise Nebout, respectivement manager et community manager du Camping, notre rencontre a commencé par quelques présentations, et une discussion très intéressante autour de l’entrepreneuriat, et les difficultés rencontrées par les jeunes en France pour créer leur propre entreprise, après (ou avant !) l’obtention de leur diplôme. Des échanges très enrichissants pour nous introduire au monde de l’entrepreunariat, autour de quelques sushis gracieusement offerts par le Camping.

Alice nous a ensuite expliqué plus précisément le fonctionnement du Camping. Cet incubateur propose a une douzaine d’équipes de profiter pendant six mois d’un « programme accéléré » pour développer leur projet. Il s’agit à la fois de bénéficier des installations, du savoir-faire et de l’expérience de l’équipe du Camping, mais aussi et surtout des 60 mentors qui acceptent d’assister bénévolement les start-ups dans leur croissance.

Nous avons ainsi eu la chance de rencontrer la quasi-totalité des 12 start-ups de la saison 2 du Camping. Pour chacune d’entre elles, l’un des responsables du projet est venu nous présenter son entreprise sous tous ses aspects : service proposé, avancement du projet, cibles marketing, besoins en recrutement, etc.

Les start-ups

Voici une brève présentation – fournie par le Camping – des 9 start-ups que nous avons pu rencontrer :

Skimm : solution révolutionnaire de paiement mobile, entièrement logicielle, permet à ses utilisateurs de payer dans les magasins participants, d’utiliser des offres promotionnelles et de procéder à des virements entre utilisateurs, le tout depuis leur smartphone.

OleaPark : OleaPark fusionne la présence physique et virtuelle, c’est l’outil ultime de networking pour les événements.

TozeLabs / TvShow Time : Toze Labs a créé le premier endroit où vous pouvez suivre toutes les séries, qu’elles soient professionnelles ou amateurs.

QunB : qunb – quantities & numbers – est votre point d’entrée unique pour répondre à toutes vos questions commençant par « combien » : cours d’une action, part de marché, météo ou résultats sportifs.

Infinit : Infinit permet à tout utilisateur d’accéder à l’ensemble de ses données disséminées sur ses périphériques : PC de bureau, portable, smartphone, tablette etc…de manière sécurisée

Babble Planet : Teeniz est un jeu social pour les enfants destiné à pratiquer l’anglais oral et échanger avec d’autres joueurs du monde entier.

Viewrz : Viewrz permet aux spectateurs d’un événement ou d’une émission de TV d’obtenir et de partager une vidéo de ce qu’ils viennent juste de voir.

Pictarine : Toutes vos photos au même endroit

Onefeat : Onefeat est un jeu social où les utilisateurs réalisent des missions et gagnent des points en fonction de ce qu’ils font dans la vraie vie.

Sans oublier les 3 projets que nous n’avons malheureusement pas pu découvrir au cours de notre visite :

LoungeUp : LoungeUp offre aux clients de votre hôtel ou à vos passagers des informations locales, accès au room service, à un kiosque de presse numérique ainsi qu’à d’autres services de conciergerie directement sur leur tablette ou leur portable.

WeCook : Donnez-nous vos goûts et votre niveau en cuisine et WeCook.fr vous proposera des menus pour une semaine ou un événement.

HereWeDate : HereWeDate est une manière fun de faire des nouvelles rencontres : jouez le jeu !

Cette visite du Camping s’est révélée extrêmement intéressante. Elle a permis pour un certain nombre d’entre nous de découvrir l’entrepreunariat de manière plus concrète, tout en nous proposant plusieurs projets avec lesquels collaborer au cours de ce semestre.

Merci à Olivier Aron, Alice Zagury et Elise Nebout pour cette visite ! :)

Retrouvez le Camping sur son site officiel, sa page Facebook et son compte Twitter.

La Lutine, naissance d’une marque de bijoux

6 mai 2011 par Clemence (Actualités, Entretiens)

Rencontre avec Michèle Collas, directrice de la création, La Lutine

Comment La Lutine a-t-elle vu le jour ?
La marque a vu le jour par un bel été de 1997 suite à une recherche de reconversion professionnelle. Je voulais avoir une activité liée à la création que je pouvais maîtriser de A jusqu’à Z.
Auparavant, j’avais déjà créé ma propre entreprise en tant que détaillante en prêt-à-porter féminin, mais je n’y trouvais pas mon compte.
Habitant à cette époque sur l’île de Ré, j’ai profité de la fréquentation touristique pour proposer mes premières créations de bijoux directement sur les marchés de l’île.
La réaction a été quasi immédiate, et un mois plus tard je m’inscrivais dans un salon professionnel à Paris (Bijhorca), aujourd’hui Éclat de mode, afin de toucher une clientèle française et étrangère.

Avez-vous lancé votre entreprise seule ou en équipe ?
L’entreprise, à la base, s’est développée grâce au travail de deux personnes, mon mari et moi. Aujourd’hui nous sommes 6 à travailler pour La Lutine, et 3 agents commerciaux qui travaillent pour différentes marques.

Quelle était votre formation initiale? Des spécialistes du lancement d’entreprise vous ont-ils aidée?
J’ai suivi une formation de secrétaire, autrement dit j’ai réussi à transformer ma passion en véritable métier! Nous avons monté notre marque seuls avec mon mari, qui vient du milieu commercial dans le prêt-à-porter. Tout a été fait de manière très empirique, avec une bonne connaissance du marché et du terrain.
Le plus important était de présenter un produit mode, innovant, à un prix correct, et fabriqué en France de manière irréprochable.

Comment se sont passés les débuts? Quelle a été la stratégie pour faire connaître la marque?
Il n’y a pas vraiment eu de stratégie pour faire connaitre la marque au début. Notre meilleur atout était d’être présents l’été sur des marchés de l’île de Ré, où une très belle clientèle venait, ce qui créait un excellent bouche à oreille, que ce soit au niveau des particuliers mais aussi des commerçants français venant en vacances sur l’île. Notre second atout était de faire les salons internationaux à Paris, sans lesquels nous n’aurions jamais eu autant de points de vente en aussi peu de temps, pour diffuser largement notre marque.
Aujourd’hui, les choses évoluent, notre marque a encore un grand potentiel de développement, et nous voulons avancer du mieux possible. C’est pourquoi nous nous sommes entourés de personnes compétentes dans le milieu du marketing et de la communication. L’une de nos filles a d’ailleurs rejoint notre équipe tout récemment, car La Lutine c’est aussi une entreprise familiale.

Qui s’occupe de la production des bijoux ?
Je m’occupe de gérer la production des bijoux qui est entièrement réalisée à La Rochelle dans notre atelier. Il est important pour nous de proposer au client un produit de qualité, et j’y veille tout particulièrement.

La Lutine vend aujourd’hui dans toute la France; comment cela fonctionne-t-il?
Effectivement La Lutine est diffusée sur toute la France par l’intermédiaire des salons professionnels, pour les saisons automne-hiver et printemps-été, et le reste de l’année en collaboration avec des agents commerciaux multicartes qui couvrent les différentes grandes régions de France.
Tout le territoire n’est malheureusement pas encore couvert, dont deux ou trois grandes régions (Nord-Est, Rhônes-Alpes), ce qui laisse encore des possibilités de développement.

 

Rencontre avec Margaux L’Appartien, chargée de communication La Lutine

Quelle a été ta formation? Etait-elle centrée sur la communication?
Je suis issue d’une formation plutôt littéraire et artistique avec un bac L Histoire de l’art, puis une licence en Histoire des Arts à la Sorbonne. Lors de ma troisième année, j’ai suivi en parallèle la licence en Information/Communication à la Sorbonne Nouvelle. Communication et art sont deux domaines qui peuvent très bien être complémentaires.
Ce sont surtout les stages que j’ai effectués pendant mon cursus qui m’ont permis de lier ces deux spécialités, que ce soit en agence de communication ou dans les galeries d’art, et d’acquérir de réelles compétences.

Quelle est la spécificité de la gestion de la communication d’une PME?
Je ne sais pas quelle est la spécificité de la gestion de la communication d’une PME, mais la spécificité chez La Lutine est que tout est géré en interne, et par la même personne! La communication de la marque a réellement été développée il y a un et demi, c’est tout nouveau, tellement récent que la gestion marketing est aussi gérée par la même personne (c’est à dire moi).

Quels sont aujourd’hui les objectifs en matière de communication pour La Lutine?
Les principaux objectifs pour notre marque sont de mettre en avant son image auprès de nos distributeurs et du client final, mais aussi de nous faire connaître auprès d’une cible plus large de consommatrices, notamment par l’intermédiaire des relations presse et des réseaux sociaux.
Nous prévoyons aussi une stratégie de communication un peu plus événementielle dès la fin de cette l’année pour fêter les 15 ans de la marque en 2012, avec de nombreuses surprises… Mais je ne peux pas en dire plus pour le moment!

http://www.lalutine.fr

Evi Evane, une réussite gastronomique grecque à Paris

7 avril 2011 par Victoire (Entretiens)

Rencontre avec Maria Milakis, le 7 avril

Vous avez créé Evi Evane, un restaurant de gastronomie grecque à deux pas de la place Saint Sulpice, qui connaît beaucoup de succès.

- D’après vous, sur quoi repose votre succès? Qu’est ce qui vous différencie des autres restaurants gastronomiques grecs ?

Notre cuisine : Tout est cuisiné à partir de recettes traditionnelles authentiques, familiales qui nous ont été transmises de notre grand-mère. Ma sœur Dina est notre chef. La cuisine a toujours été sa passion. Après des études d’économie et de gestion, elle a étudié dans de grandes écoles de cuisine. Elle anime une émission de cuisine sur une grande chaîne grecque, enseigne la gastronomie dans une école, et a ouvert son restaurant en Grèce.

Finalement nous sommes deux sœurs complémentaires : Dina s’occupe de tout ce qui est « cuisine » et moi, je m’occupe du reste, c’est-à-dire de gérer le restaurant. Une grande passion est nécessaire pour pouvoir faire ce métier, avoir la force de continuer, rechercher l’amélioration. Et cette passion, nous l’avons. Ce qui nous pousse est cette envie de faire découvrir aux français notre cuisine authentique à travers des produits de qualité.

- Qu’est ce qui vous a donné l’envie d’entreprendre?

Ce projet est en fait né il y a très longtemps. Avec ma sœur Dina, nous avons toujours voulu ouvrir notre propre restaurant. Nous avons donc ouvert Evi Evane en 2005, c’est nous qui avons tout créé, de la carte à la décoration. Brillat Savarin, gastronome français, a dit « convier quelqu’un c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous votre toit ». C’est l’esprit que nous essayons de cultiver avec nos clients. Nos clients sont nos convives et nous cherchons à leur faire passer un bon moment, paisible. Je crois vraiment que mon métier est de créer une relation avec eux. Je rencontre beaucoup de gens très différents dans mon métier. J’aime échanger, discuter.

Permettre à nos clients de partager un bon moment autour d’un repas, c’est participer à leur bonheur. C’est très conforme à la tradition grecque. En Grèce, autour d’une table tout se fait ; on discute, on rit, on échange, c’est très important. C’est pourquoi les repas peuvent durer des heures ! On passe des bons moments autour de délicieux mets que l’on partage.

- Vous allez ouvrir la semaine prochaine un traiteur. Quelles sont vos motivations pour créer un second restaurant?

En fait, dans notre relation d’écoute avec notre clientèle, nous nous sommes rendus compte que la demande, de la part de la clientèle pour des plats à emporter était très forte. Nous avons donc décidé d’ouvrir ce traiteur pour se focaliser sur la vente de plats à emporter, qui seront faits maison. Nous offrirons aussi un assortiment de sandwichs et de salade spécialement pour le déjeuner.

On était à la recherche d’un endroit près du restaurant pour gérer les deux à la fois facilement. Lorsque nous avons trouvé ce local qui répondait à nos exigences, nous avons sauté sur l’occasion. Cela sera sûrement difficile de gérer les deux endroits au début, mais avec la passion, cela sera possible. J’ai demandé à mon médecin de me cloner mais il m’a répondu que ce n’était pas encore possible.

- Comment allez vous vous faire connaître/reconnaître?

Evidemment, la première étape est de parler notre traiteur dans ce restaurant, auprès de notre clientèle.

Pour l’ouverture de notre premier restaurant, nous n’avions pas du tout de budget publicité. Notre renommée s’est construite par le bouche-à-oreille. Les guides sont venus par la suite nous référencer.

Pour l’ouverture du traiteur, nous avons préparé des flyers pour les distribuer. On compte en fait sur la qualité de nos produits et de notre cuisine pour nous faire connaître. Nous offrons la possibilité aux clients de goûter de vrais produits traditionnels grecs que nous allons importer. Ce sont des produits qu’il est impossible de trouver dans un supermarché. Nous ne proposerons pas de produits industriels, il n’y aura de produits chimiques dans aucun de nos produits. Tous les plats que nous proposons sont des plats faits maisons, préparés à l’ancienne, suivant des recettes authentiques.

Il ne faut pas oublier que la base de notre santé c’est l’alimentation. Nous cherchons à proposer une cuisine saine. Hippocrate a dit, dans son serment, « que notre nourriture soit notre médecine». La cuisine méditerranéenne bien préparée, c’est le meilleur moyen d’être en bonne santé.

- Est ce que le deuxième d’une grande série?

Quand on a la santé, la volonté est là - la volonté d’aller plus loin, de dépasser nos limites, de continuer à progresser. À côté de notre restaurant Evi Evane, nous souhaitons développer plusieurs boutiques traiteurs. Evi Evane – qui veut dire « A votre santé » en grec ancien – est un cri de joie de vivre. Nous cherchons toujours à nous dépasser. Le but que nous poursuivons n’est pas de transformer Evi Evane en une marque. On veut montrer qu’on représente les petits producteurs de toutes les régions de Grèce. Nous sommes leur ambassadeur, mais on ne mettra pas notre étiquette sur leurs produits. Ils travaillent avec des méthodes anciennes dans le respect du consommateur. On veut mettre en avant leurs produits, soutenir leur travail.

Evi Evane

Le Restaurant : 10 rue Guisarde 75006

Le Traiteur : 20 rue Saint Placide 75006

Rencontre avec Malene Rydahl, Directrice de la communication du groupe Hyatt

14 décembre 2010 par Damien (Entretiens, Métiers)

Recontre avec Malene Rydahl, Directrice de la communication du groupe Hyatt pour la zone Europe, Afrique et Moyen-Orient

9h du matin, petit salon de l’Hotel Park Hyatt Paris-Vendôme  au 5 rue de la Paix. Nous avons rencontré Malene Rydahl qui a bien voulu nous accorder un peu de son temps malgré un emploi du temps chargé.


Comment êtes-vous arrivée à ce poste de directrice communication d’un des plus grands groupes hôteliers de luxe? Pourriez-vous nous parler de votre parcours?

« Je dirais que ma carrière a été guidée par des personnes »

Malene Rydahl : Un jour j’ai lu un article sur Elisabeth Sandanger (ex Directrice Générale France de Bang & Olufsen) et son parcours m’a vraiment inspiré. J’ai donc tenté de la contacter pour obtenir un entretien. Après de nombreux appels, son assistante a enfin accepté de me la passer. Il faut être persistant. Je lui ai demandé des conseils pour savoir comment faire pour arriver là où elle était. Elle a finalement financé mes études de marketing. Pendant trois ans j’ai alterné entre un semestre à la fac au Danemark et un semestre de stage au département marketing chez Bang & Olufsen. A la fin de mes études j’ai était embauché par la compagnie. Ce fut mon premier emploi en marketing. Je suis restée six ans chez Bang & Olufsen, mon dernier poste en tant que directrice de la communication et marketing.

Puis j’ai travaillé deux ans pour l’agence de pub « Les ouvriers du Paradis », une agence avec un esprit très « rive gauche ». Ce fut assez intéressant, très intellectuel,  tout était fait de manière « artisanale ». Le bon côté, c’est que j’ai appris beaucoup sur l’esprit parisien, la philosophie « rive gauche ». Néanmoins, c’était un peu limité par rapport à ce que je voulais vraiment faire. Il a fallu pendant deux ans que je vive et comprenne la philosophie et le fonctionnement de la rive gauche.

« L’hôtellerie c’est un style de vie »

Puis je me suis posé la question : « Quelle est ma passion? »  Ce n’était pas la publicité, j’ai donc quitté l’agence. Depuis l’enfance, ce qui m’inspirait c’était l’hôtellerie.  Quand j’avais 10 ans, mon père m’a emmené voir la directrice du plus bel hôtel de ma ville qui m’avait prévenu, « l’hôtellerie est un style de vie ».

J’ai donc travaillé six mois à la direction communication de Relais et Châteaux sans que cette expérience ne me satisfasse. J’ai alors décidé de monter ma propre société de conseil stratégique destiné aux compagnies danoises voulant s’implanter en France dans le secteur du luxe. J’avais déjà cinq clients potentiels lorsque j’ai laissé de côté ce projet. Je n’étais pas prête pour me lancer seule dans une telle aventure, j’avais encore envie de travailler dans pour une grande compagnie.

Le hasard a voulu que je rencontre le Directeur Général du Park Hyatt Paris Vendôme que j’avais connu alors que je travaillais pour Bang & Olufsen. Je lui ai envoyé mon CV et j’ai été recontactée pour un emploi basé en Suisse  en tant directrice de la communication du groupe Hyatt pour la zone Europe, Afrique et Moyen-Orient. Finalement on m’a proposé de rester à Paris car c’est une ville très inspirante notamment dans le domaine du luxe. »

Quelles sont vos missions principales en tant que directrice de la communication ?

M.R. : A ce poste, j’ai deux missions principales.

Premièrement, positionner et faire rayonner dans la zone Europe, Afrique et Moyen-Orient le groupe Hyatt et tous ses produits, soit six marques réparties en plus de 450 hôtels dans le monde.

« We want to be the preferred hotel brand »

Dans le secteur de l’hôtellerie, nous sommes confrontés à une difficulté majeure : après l’ouverture de l’hôtel en lui-même, il n’y a plus vraiment de nouveauté. De plus, la différenciation entre les différents hôtels n’est pas aisée. Dans ce segment souvent, les clients choisissent leur hôtel en fonction de leur localisation.

Pour faire face à ces difficultés, il faut mettre au point une stratégie de communication solide, car notre but est que les clients choisissent Hyatt car c’est leur hôtel préféré. Cela passe, par exemple, par la formation du personnel puisque dans le secteur du haut-de-gamme les clients ont beaucoup d’attentes quant à la qualité du service.

Mais surtout, il faut créer une communication qui a du contenu et qui est en cohérence avec les tendances. Pour cela, je lis beaucoup la presse, je m’intéresse aux tendances du moment, je me mets à la place du client. Par exemple, en ce moment la grande mode c’est la santé, et je me suis rendu compte que les clients, en arrivant à l’hôtel après un long vol, le décalage horaire, etc…, ont besoin de manger sain, de se régénérer. Nous avons donc mis en place dans nos hôtels le programme Healthy Leaving avec la collaboration de Patricia Teixeira, célèbre nutritionniste brésilienne. Ce fut un tsunami dans la presse qui a beaucoup parlé de ce programme, et donc du groupe Hyatt.

Notre stratégie est de positionner nos hôtels là où on ne les attend pas. Dans ce but, nous avons créée des partenariats avec Louis Vuitton et John Nollet (coiffeur styliste pour les célébrités) sur le thème du voyage. Louis Vuitton a créé trois malles de voyage uniques pour permettre à John Nollet d’avoir un petit salon de coiffure itinérant. Pendant un an, John Nollet a fait le tour des Park Hyatt à la rencontre des femmes du monde à qui il proposait des conseils, des coupes complètes. Nous avons accompagné ce projet avec des conférences de presse dans les différents hôtels visités, des rencontres avec des personnalités, etc…

« Lors du choix des partenariats, il faut bien faire attention à ce que la personnalité des partenaires soit compatible avec les valeurs d’Hyatt, telles que l’humilité, la volonté de bien recevoir, de faire plaisir. »

Un dernier projet que nous avons entrepris part d’une constatation simple : les hôtels sont faits principalement pour les hommes (qu’un seul type de shampoing proposé, pas d’après shampoing…).  Nous avons créés un Hair Menu avec la collaboration de Kérastase, disponible sur demande à la réception. Parallèlement, nous avons mis en place un Room Service Manucure, Pédicure, Brushing… Grâce à cette action, nous avons eu une couverture médias importante, avec par exemple un article dans Elle, Grazia, Le Point, etc… Dans la presse, le groupe Hyatt est apparu comme un groupe qui comprend les besoins des femmes.

Avec ses différents programmes nous avons pu nous différencier et attirer les médias, faire parler de nous, même si les femmes ne représentent que 20% de notre clientèle. Le plus important pour la réussite de telles actions, c’est de se baser sur une réalité concrète, sur des besoins qui font sens. »

Ma deuxième mission c’est de gérer la communication au niveau corporate, de garantir la cohérence et l’unité du message du groupe Hyatt pour la zone Europe, Afrique et Moyen-Orient. Par exemple, je valide les communiqués de presse pour être sûre qu’ils respectent la ligne de conduite et l’esprit du groupe. Je m’assure qu’aucune information confidentielle ne filtre à l’extérieur du groupe.

Il faut aussi être prêt à gérer les situations de crise de communication, lorsqu’un fait extérieur nuit à l’image de l’hôtel. Un exemple, il y a quelques mois, il y a eu un vol à main armée lors d’un tournoi de Poker organisé dans au Grand Hyatt Berlin. Suite à cet évènement, le groupe Hyatt fut cité plus de 1500 fois dans la presse. Il faut donc gérer l’image du groupe, ternie par une association au vol armé et à une sécurité défaillante, s’assurer que les employés ne parlent pas à la presse sans l’accord de la direction, etc…

Pour finir, que pouvez-vous nous  dire sur l’appellation Palace ?

M.R. : Pour l’obtenir, il faut remplir un dossier de candidature et remplir les exigences du Cinq Etoiles plus quelques critères supplémentaires. Dans la mesure où il est assez difficile d’établir des critères concrets (par exemple, si l’on prend le critère du nombre de m² des chambres, des hôtels de luxe installés dans des constructions plus anciennes seront pénalisés), un jury de dix personnes participe aussi à la sélection des candidats. Cette appellation est valable cinq ans, après quoi, il faut reposer sa candidature.

Hyatt va bien sûr être candidat au titre de Palace et nous espérons l’obtenir, car si nos concurrents l’obtiennent, pour maintenir notre image et notre capacité à rivaliser, nous devons aussi avoir l’appellation Palace.

Rencontre avec Matthieu Renaudin, Responsable Grands Comptes chez EDF

29 novembre 2010 par Victoire (Entretiens, Métiers)

Quel est votre parcours ?

Après avoir étudié à SupdeCo Paris (l’ESCP Europe), j’ai intégré  Sciences Po dans la section service public pour avoir un éclairage différent de celui de l’école de commerce.

J’ai commencé à travailler comme conseiller financier dans un petit cabinet de conseil. Je m’occupais d’optimiser la gestion de la dette des collectivités locales. Travailler dans une petite structure est très intéressant car cela permet de découvrir beaucoup de choses. Dans une PME, on devient très polyvalent, et puisque la chaîne hiérarchique est courte, on interagit directement avec le directeur général.

On nous conseille souvent de commencer à travailler dans des grandes entreprises. Qu’en pensez-vous ?

Je vous conseille vraiment de suivre vos désirs. Si vous voulez aller dans une grande boîte, allez-y ; mais si vous êtes attirés par des structures plus petites, n’hésitez pas. De toute façon, le diplôme de Sciences Po est un super diplôme, ça vous ouvrira des portes. Reste à savoir si vous avez envie d’une gestion prudentielle de votre carrière ou si vous préférez vous amuser en faisant ce qu’il vous plait. Bien sur vous pouvez aussi vous amuser dans une grande structure. Il faut juste éviter, à mon sens de faire des choix en ayant uniquement en tête : « est-ce que cela fera bien sur mon CV ? »

Pourquoi avoir quitté ce premier poste ?

J’ai trouvé ça très intéressant, mais peut être un petit peu trop financier. C’est pour cela que j’ai quitté ce travail pour entrer chez EDF. J’ai commencé par être détaché dans une collectivité locale : à Amiens Métropole. C’était cohérent avec mes responsabilités précédentes. J’y ai travaillé sur les problèmes de développement de l’agglomération, en cherchant à dynamiser le tissu économique, attirer des nouvelles entreprises. C’était un poste assez riche et multidimensionnel. Il y avait sans aucun doute une dimension marketing puisqu’il s’agissait de « vendre » Amiens. Mais la dimension commerciale était aussi présente car j’avais des bureaux à louer. La dimension politique était évidemment aussi forte. Aujourd’hui, beaucoup de postes passionnants sont à pourvoir dans ce secteur en raison de départs à la retraite.

Après 3 ans de « détachement », Je suis revenu à Paris au siège d’EDF. J’ai travaillé dans le département Marketing BtoB où j’ai participé au projet passionnant qu’a été le lancement de l’offre de gaz naturel d’EDF. Partir de zéro et construire une offre complète est un véritable challenge et plutôt rare dans une entreprise comme EDF. C’est du marketing au sens où il faut définir une cible, un positionnement, un prix, cela revient en bref à construire tout le mix marketing. Mais, le marketing dans une entreprise comme EDF est très particulier. On ne s’occupe pas du packaging par exemple. Le marketing chez EDF, c’est un marketing plutôt technique. Il faut aimer comprendre comment fonctionne le marché du gaz, comprendre l’intérêt de vendre une offre à prix fixe ou à prix indexé, comprendre les fondamentaux d’évolution des tarifs régulés et la formation des prix sur le marché de gros,… Il faut enfin définir les avantages compétitifs de l’offre, ce qui implique le développement d’une stratégie d’attaque.

Ce qui est très important à avoir à l’esprit, c’est que l’aspect d’intégration dans les systèmes d’information est fondamental dans des grosses structures comme EDF. Dans un marché de masse, l’offre doit rentrer et pouvoir s’intégrer dans la GRC (Gestion de la Relation Client). Faire du marketing dans une grosse structure c’est aussi accepter certaines contraintes liées aux systèmes d’information, aux contraintes de facturation qui peuvent parfois brider les volontés d’innovation si on ne les a pas bien anticipées.

Vous avez ensuite choisi de vous tourner vers le commercial ?

Je cherchais à être dans l’opérationnel, en contact avec le client. En tant que responsable Grands Comptes, je m’occupe plus spécialement des grands clients. Un des atouts d’EDF c’est cette possibilité de pouvoir changer de métiers. C’est très accepté et très fréquent. Aujourd’hui, j’ai déjà fait trois métiers différents. Si pour mon prochain poste, je souhaitais donner une orientation différente à ma carrière et par exemple partir travailler du côté de la production, ce serait possible.

Être responsable Grands Comptes implique plusieurs responsabilités. Tout d’abord, on représente l’entreprise dans son ensemble vis-à-vis du client. On est la « vitrine » de notre entreprise. Comme dans tout métier relié à la vente, il faut savoir dire non à ses clients. il faut avant tout avoir à l’esprit de défendre l’intérêt de l’entreprise. C’est assez formateur mais c’est parfois assez dur face au client. Il faut également avoir le goût de la négociation.

Voulez-vous dire que les études que l’on fait n’ont pas vraiment d’importance ?

Tout à fait ! Ou plutôt, ce que vous aurez appris ne vous servira peut être pas directement et vous apprendrez « sur le tas » l’essentiel de votre job. Ce qui est important et ce que les recruteurs vont regarder, c’est le diplôme Sciences Po. Il certifie d’un certain niveau de matière grise. Mais on regarde plus le nom du diplôme que son contenu réel. Le diplôme prouve simplement que vous avez appris à raisonner, à écrire, à exposer des idées de manière claire. L’esprit synthétique est particulièrement apprécié pour certains postes.

Comment avez-vous choisi le secteur de l’énergie ?

C’est tout à fait par hasard. Je n’en rêvais pas du tout quand j’étais petit ! Aujourd’hui, le secteur de l’énergie me passionne. L’aspect « service public » est très intéressant. Il y a aussi une dimension scientifique et technique très prenante : Pour bien vendre, c’est vrai qu’il faut avoir une connaissance des enjeux scientifiques actuels.

Dans quelle mesure la problématique écologique a-t-elle influé sur la politique marketing d’EDF ?

Ces enjeux s’articulent autour de trois volets.

Tout d’abord, celui des énergies renouvelables. Une filiale d’EDF, « EDF Energies  Nouvelles » est centrée sur la promotion et le développement des énergies dites propres dans le monde, spécialement le solaire et l’éolien.

Ensuite, l’éco-efficacité énergétique. On propose au client de l’aider à réduire sa consommation d’électricité. Cela permet de se positionner différemment qu’en simple fournisseur d’électron et ainsi de se différencier de la concurrence : on aide le client à diminuer ses dépenses dans une optique de respect de l’environnement. On lui montre ainsi que pour baisser ses factures, le prix n’est pas tout et qu’il est tout aussi important de travailler sur la réduction des volumes.

Enfin, on développe des « certificats verts » qui sont des labels délivrés par un organisme indépendant. Les clients particuliers sont intéressés de la même manière qu’ils sont intéressés pour acheter du bio. Les entreprises sont particulièrement intéressées car cela permet de réduire leur bilan carbone et d’avoir une image positive.

EDF recrute-t-il ?

EDF recrute de nombreux ingénieurs en ce moment. Il y a également des postes dans le domaine commercial, marketing, financier. Une bonne stratégie pour être embauché c’est l’apprentissage. On prend des apprentis tous les ans. Dans mon service, on prend par exemple cinq apprentis et l’un d’eux sera bientôt embauché.

Un dernier conseil pour les étudiants de Sciences Po ?

Posez vous bien la question de ce que vous avez envie de faire, de ce que sont vos passions. On est très vite sur des rails. Toutes les portes sont ouvertes, alors il serait dommage de ne pas tenter. Suivez vos passions.